May 27, 2026, 7:06 a.m.
Une perception très libérale de la culture, qui a pris racine dans l'inconscient collectif depuis plus de 10 ans, est celle de considérer les œuvres et créations artistiques comme des biens de consommation, du "contenu". De la même manière que le milieu professionnel s'est emparé du terme de "ressource humaine" pour qualifier les personnes qui travaillent pour une entreprise. Et dans un cas comme dans l'autre, si c'est une simple ressource, que la seule chose qui importe c'est la production et pas le côté humain, alors il devient évident que l'IA répond à cette demande. Si la seule finalité du travail est l'accaparement de richesse et si la seule finalité de la culture est le divertissement sans friction on aurait tort de s'encombrer avec cette humanité gênante, obtuse et récalcitrante. Pour ce qui est de savoir si le calcul est payant, même selon ces métriques mercantiles, je ne peux pas encore l'affirmer. En revanche le succès de réalisations de divertissement générées par intelligence artificielle tendrait à montrer qu'une partie du public est tout à fait prêt à se divertir à base de média où l'intervention humaine devient minimale.
Pour les autres, la problématique principale est qu'il devient, dans le cas du travail comme du divertissement, de plus en plus difficile de discerner une intention humaine sincère, organique, d'une construction synthétique tant le mimétisme est puissant, tant son usage s'infiltre dans chaque interstice de nos vies et tant l'humain finit par spontanément reproduire les schémas des modèles de l'IA générative. Le problème étant que l'art et le travail sont entre autres des moyens d'émancipation (par l'indépendance financière mais pas que) et d'affirmation de soi, et que si on n'est plus capable de savoir qui écouter, qui soutenir pour la simple et fondamentale raison qu'elle est vivante, que l'on ne peut plus déterminer si on a bien affaire à un être humain qui communique ses émotions, son savoir-faire, son expérience et pas un écho ou une reconstruction plausible (et cet aspect reste essentiel même en acceptant l'hypothèse d'une forme de capacité à l'originalité dans la production des modèles de langage, qu'il ne s'agirait pas juste de répétition pondérée), dans ces cas là on perd notre capacité d'entraide et de sens collectif.
Parce que nous n'avons pas une faculté de communication et d'écoute infinie et que chaque remplacement d'une interaction entre humains par un écho synthétique peut nous isoler un peu plus et nous empêcher d'entendre notre prochain qui souffre, qui exulte, qui doute, qui progresse.
On pourrait se dire que c'est une réflexion purement applicable aux interactions en ligne, mais ce n' est plus le cas quand toutes les démarches sont redirigées vers des chatbots, que les panneaux publicitaires et la télévision se mettent à montrer du contenu à l'origine moins claire, et surtout que tout le monde est confronté à la problématique de faire appel à ces modèles dans notre quotidien avec la promesse de se faciliter la vie ou de pouvoir faire plus, d'augmenter ses capacités et ses réalisations.
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